Biographie

Déjà plus loin…

Brigitte Koch est une artiste peintre indépendante, qui ne se réclame ni d’une formation académique ni d’un groupe ni d’une communauté d’artistes. Elle vit en Alsace et développe son activité à travers des expositions de plus en plus fréquentes dans cette région et en Allemagne. En un sens donc, c’est une artiste amateur venue à la peinture par vocation personnelle, avec ce que cela peut avoir de sympathique mais de légèrement dévalorisant quand il s’agit uniquement de loisir. En un autre sens, elle jouit déjà d’une bonne reconnaissance professionnelle.

Effectivement, la peinture de Brigitte Koch n’a rien d’amateur ni de  » gratuit « . Elle réunit avec vigueur une approche abstraite lyrique de la toile et des éléments de figuration qui font la tonalité de chaque œuvre et lui donnent d’ailleurs son titre. La peinture de Brigitte Koch est typique d’une longue et forte tradition expressionniste qui court tout au long du XXème siècle depuis les Fauves et les expressionnistes allemands jusqu’aux néo-expressionnistes allemands des années 1980 et 1990. Je ne sais pas dans quelle mesure Brigitte Koch assume intellectuellement ces références lourdes à porter mais il est évident que c’est dans cette lignée qu’elle se reconnaît – et qu’elle est à l’aise, très à l’aise.

Ce qui me frappa tout de suite il y a trois ans quand je vis pour la première fois sa peinture, ce fut sa maîtrise des formats et la qualité de ses couleurs. Brigitte Koch n’utilise pas de  » jolies  » couleurs, mais des couleurs fortes, fauves, caractéristiques de l’expressionnisme allemand ou du nord, avec des bleus des ocres, des jaunes sans complexe, parfois assourdis par des balayages vifs de blanc. Je ne veux pas l’accabler sous des noms trop lourds mais il y a là des échos de Baselitz, Immendorf, Middendorf, Lüpertz, ou Leroy. On est en terrain, quasiment au sens terrien, de connaissance.

Une des qualités majeures de Brigitte Koch, celle qui lui fait échapper à  » l’amateurisme « , est qu’elle n’hésite pas à faire grand et à donner libre cours à ses gestes expressifs. Si bien qu’il vient aussitôt l’idée qu’elle pourra aller encore plus loin pour donner libre cours à son lyrisme, quitte à devoir se battre avec des questions de composition abstraite. Au stade où elle en est, la composition naît en effet naturellement au croisement de la gestuelle corporelle et du thème qui anime le tableau : l’image n’est pas encore trop grande pour le sentiment. J’aimerais maintenant voir comment elle s’en sort quand l’image qui la guide ne peut plus être qu’un sentiment se traduisant uniquement par la couleur et les gestes, par le ressenti mais sans l’aide de quoi que ce soit de reconnaissable. Si je dis cela, c’est parce que je perçois déjà chez Brigitte Koch assez de maîtrise pour qu’elle puisse se mettre en péril dans des projets plus hasardeux.

Le critique d’art que je suis voit beaucoup de choses très différentes et forcement inégales : des travaux amateurs comme professionnels sans beaucoup de force, des travaux amateurs  » réussis  » mais qu n’iront jamais plus loin, des travaux professionnels qui assurent avec beaucoup, et parfois trop, d’assurance. Il est extrêmement rare que l’on rencontre, comme cela m’est arrivé avec Brigitte Koch, des travaux qui ont une évidente capacité à aller plus loin. Je me souviens avec émotion de soirées d’atelier où une peintre célèbre luttait pour exprimer le sentiment juste correspondant à un paysage dont elle ne montrerait que l’effet lyrique et poétique. J’ai exactement la même impression avec Brigitte Koch : elle ressent et exprime avec une sensibilité extrême et une grande maîtrise aussi ce que la vie lui apporte et produit d’effets en elle et il ne semble pas qu’il y ait de limite proche à ce qu’elle peut donner à voir. Bref, nous pouvons parier sur elle.

Yves Michaud, le 17 février 2014
Critique d’art
Ancien directeur de l’école nationale supérieure des Beaux-Arts à Paris